Bordeaux : quel avenir pour les start-up du vin ?

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Publié le vendredi 11 août 2017
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Par Quentin Velluet

En Europe, Bordeaux est l’une des places fortes de la tech appliquée aux vins et spiritueux avec de nombreuses start-up qui se créent et embaucheront à long terme.

 

Difficile d’innover sur un produit qui tient son succès de son ancrage historique et culturel. Et pourtant, depuis quelques années, des pionniers ont décidé de s’attaquer frontalement au conservatisme assumé du secteur des vins et spiritueux afin de le faire entrer pleinement dans le numérique, la data et la robotique. Sans surprise Bordeaux et sa région, dont les vins sont les plus vendus en grande surface en France*, est l’une des figures de proue de ce mouvement. En 2016, la métropole girondine a été la troisième ville au monde à avoir vu naître le plus de start-up consacrées au précieux nectar, juste derrière Paris et Londres**. Le vin en tant que produit demeure ce qu’il a toujours été. Mais son conditionnement, sa distribution et l’ensemble des biens services à destination de la viticulture, des caves, de l’œnologie et des consommateurs finaux évoluent.


Data, robots et bouteilles de vin


« Les tendances générales de l’innovation dans le vin se font dans l’agriculture de précision, les objets connectés et la conservation du vin », explique Vincent Prêtet, fondateur de 33entrepreneurs, un accélérateur de start-up basé à Bordeaux. Et il y a de beaux projets, comme Vitirover un robot autonome chargé de se promener entre les vignes pour les bichonner. Ou Millesime.ai, une jeune pousse qui a développé un algorithme de prédiction des prix des bouteilles pour aider les négociants et investisseurs à acheter et revendre au bon moment. Parmi les plus prometteuses, la place de marché pour professionnels Actiwine, qui a le soutien de Bpifrance, s’apprête à lever lors d’un troisième tour de table, entre 500 000 et un million d’euros. Une levée qui peut donner lieu à des recrutements, notamment pour son activité export qui fait partie de ses priorités.


Postes rares et opportunités sur le long terme


Néanmoins, les postes à pourvoir dans le secteur sont rares. « Les besoins se trouvent dans les métiers à haute valeur ajoutée comme le web marketing, le développement web, le community management, l’ingénierie et le datamining », explique Vincent Chévrier, PDG du groupe Vinexplore et porte-parole de la Winetech, un mouvement qui veut rassembler et coordonner l’écosystème mondial des start-up du vin. « Sur un marché qui est aussi diversifié qu’atomisé, les besoins en recrutement sont extrêmement variés », souligne Gilles Brianceau, directeur du cluster Inno’vin. Ce dernier table sur l’embauche de commerciaux expérimentés qui connaissent le langage propre à ce monde de passionnés et disposent déjà d’un réseau.

 
Comme dans d’autres secteurs, les concepts qui se développent sont donc fortement liés au numérique. Ce que confirme Vincent Prêtet : « Les start-up qui se créent ont une forte composante informatique, elles ont donc en majorité besoin de développeurs mais ont des difficultés à bien payer et une capacité limitée à proposer des CDI ». Une situation qui pourrait changer, à mesure que le marché prend forme : « Comme dans tous les autres secteurs, on a atteint un pic de création d’entreprise en 2015 et depuis, la tendance est à la baisse », explique Vincent Prêtet.

 
Un seul mot d’ordre : patience


L’écrémage est donc en cours et les entreprises qui resteront disposeront bientôt des fonds suffisants pour grandir et recruter. Tout est donc une affaire de patience, d’autant plus qu’il y a « un décalage d’environ 3 ou 4 ans entre la création d’une entreprise et la perception par les investisseurs que ce qu’elle propose est viable », note le fondateur de 33entrepreneurs. Ajouté à cela deux spécificités du secteur : la notion de temps long et celle de millésime. « Pour tester certaines solutions, il faut souvent attendre l’été afin que la plante soit prête, ce qui réduit la fenêtre de tir pour des expérimentations qui, en conséquence, ne peuvent avoir lieu qu’une fois par an », indique Gilles Brianceau. Les projets bourgeonnent mais il faudra patienter un peu avant de les goûter et d’y participer.

 

*Source Conseil Interprofessionnel du Vin de Bordeaux (CIVB).


**Étude Wine & Spirit Start-ups European Insight réalisée par 33entrepreneurs au second semestre 2016.

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