Le nouveau Bordeaux a tout pour plaire aux cadres

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Territoires
Publié le vendredi 04 août 2017
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Par Quentin Velluet

Conjoncture favorable, confiance des entreprises, qualité de vie, la métropole a tout pour plaire aux cadres malgré la faible présence de grandes entreprises dans le tissu économique.

 

Longtemps défigurée par des façades noircies, une circulation dense et des friches en hyper centre, Bordeaux s’offre depuis un peu plus de dix an une nouvelle garde-robe. Les hangars qui bordent la Garonne, laissés à l’abandon depuis la délocalisation du port commercial, se sont transformés en boutiques, écoles et restaurants. La rive droite renaît de sa rouille, boostée par Darwin, un lieu de vie alternatif sans équivalent en France. Les Bassins à Flot se métamorphosent en quartier résidentiel et culturel aux immeubles boisés et bureaux vitrés. Et que dire d’Euratlantique, ce projet visant à attirer 30 000 nouveaux emplois en redonnant vie au quartier de la gare Saint-Jean, qui accueille désormais la ligne à grande vitesse (LGV) et ses parisiens venus en deux heures admirer la belle endormie.

Un développement raisonné…jusqu’ici

Au vu de tous ces projets immobiliers, il n’est donc pas étonnant de constater que l’un des secteurs porteurs de la ville soit le BTP et la construction. « Nous ne sommes pas spécialisés dans un domaine particulier, mais vu des besoins de la région nous intervenons en majorité dans les secteurs du BTP pour des postes techniques allant du management de proximité aux hauts dirigeants », confirme Youcef Benzaïd, consultant associé au cabinet de chasseurs de têtes Emprise. Les employeurs du secteur ont notamment besoin de recruter des ingénieurs travaux et des spécialistes de l’étude des prix pour mener à bien la mue bordelaise. En janvier, la Chambre de commerce et de l’industrie (CCI) locale tablait ainsi sur une hausse de 22 % du chiffre d’affaires du secteur pour le premier semestre de 2017.

 

« Le dynamisme de Bordeaux est porté par un solide tissu de TPE et PME ajouté d’un contrat social qui a rempli son objectif d’apaiser la ville. On en parle peu mais il y a très peu d’insécurité et d’incivilité à Bordeaux », observe Philippe Barre, co-fondateur de Darwin, un écosystème alternatif qui mêle espace de coworking, ferme urbaine, club nautique, restaurants, skate-park, production alimentaire ou encore village d’accueil d’urgence. Depuis plus de 25 ans, la capitale girondine se développe de façon raisonnée, lentement mais sûrement. 90 % des entreprises locales ont moins de 10 salariés et seulement 240 comptent plus de 50 salariés. Le nombre de cadres n’a augmenté que de 2,6 % en 27 ans, car à part l’aéronautique, le bois et le vin, le territoire compte très peu de grandes industries.

 

Une propension pour la sobriété que Philippe Barre aimerait voir perdurer. Il ne croit pas au fantasme selon lequel une vague de délocalisations des services de grandes entreprises parisiennes interviendront grâce à la LGV. Mais de pointer plutôt les risques d’une bulle engendrée par cette course à l’immobilier et le développement massif du tourisme : « On est dans une période où Bordeaux est en haut des classements nationaux et internationaux, ce qui attire le tourisme malgré une offre hôtelière et de restauration pénurique. On constate également une spéculation immobilière galopante et tout ceci risque de créer une bulle qui éclatera peut-être un jour et menacerait la pérennité de l’emploi. Surtout que nous n’avons pas un tissu industriel lourd et capable d’offrir un poste aux conjoints des personnes qui arrivent ici. Dans une ville qui s’est donnée pour objectif de compter un million d’habitant, est-ce prudent ? Il vaudrait mieux être la plus belle petite ville du monde », analyse-t-il.

L’intégration du conjoint

La problématique du retour à l’emploi du conjoint est la question centrale qui revient dans la bouche des recruteurs bordelais : « On voit des personnes qui repartent 6 ou 8 mois après leur arrivée, faute de poste pour le ou la conjointe », regrette Laurent Gaussens, responsable du cabinet RH Partners à Bordeaux. Car à Bordeaux, comme dans beaucoup de bassins d’emploi en région, posséder un réseau est une nécessité : « Le marché de l’emploi en région est un peu un marché caché. Les candidats ont l’obligation de ne pas rester cantonnés aux offres d’emploi », souligne le recruteur. Pour régler le problème, les grandes entreprises comme Thales proposent des programmes d’accompagnement du conjoint lors desquels elles font appel à des cabinets comme RH Partners. En revanche, les patrons de PME sont livrés à eux-mêmes et font tout pour activer leur réseau du mieux qu’ils peuvent.

Un large panel de fonctions recrute

Et des postes à pourvoir, il y en a. Dans le tertiaire notamment, où « 20 % des besoins concernent les fonctions commerciales. Et c’est un besoin constant », souligne Laurent Gaussens. Le secteur informatique, lui, représente 15 % de l’emploi, soutenu notamment par des entreprises comme Dassault, Thales ou Safran qui drainent avec elles des sous-traitants importants, notamment dans les services numériques. CGI par exemple recrute une trentaine de personnes en architecture technique, développement et en ingénierie. Les fonctions support ne sont pas en reste : « Quand les affaires sont là, que les carnets de commandes sont remplis, on structure l’entreprise parce qu’on a plus de visibilité », explique Laurent Gaussens.

 

Comme les autres grandes villes de France, Bordeaux subit la tentation du numérique suite à la vague French Tech. Quelques start-up à succès recrutent, comme OnCrawl, spécialisé dans les logiciels SEO, qui vise les 100 recrutements d’ici 2020. Et pourtant, le secteur ne représente que 6,9 %* des entreprises bordelaises et emploie 22 400 personnes, soit 24 000 de moins qu’à Lyon et 10 000 de moins que la métropole Aix-Marseille. C’est pourquoi certains entrepreneurs s’intéressent à un autre secteur qui pourrait être davantage prometteur à Bordeaux : l’économie sociale et solidaire. Il représente 10 % des actifs bordelais et 10,4 % des établissements employeurs. « Chez Darwin, nous privilégions la transition écologique, frugale et solidaire et c’est cette voie que la ville devrait suivre car elle a déjà le bon terreau pour cela. Bordeaux pourrait être à la pointe de l’économie sociale et solidaire », martèle l’entrepreneur. Le complexe Darwin situé rive droite est difficilement définissable en un mot. Il a créé 509 emplois directs depuis 2009 et généré 900 emplois indirects dans la métropole bordelaise**. Problème, à part Darwin, peut d’entreprises du secteur social et solidaire ont pignon sur rue.

 

* Observatoire du Numérique Nouvelle-Aquitaine 2017

**Étude du cabinet Utopie pour Darwin, juin 2017

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